Mon expérience d’allaitement en Corée du Sud

Un sujet que j’avais promis à la fin de mon billet sur le post-partum il y a plus d’un an de cela ! 2021 a été une année pleine de défis personnels et de changements (je suis actuellement de retour à la case post-partum avec un bébé de tout juste 5 mois à la maison), mais pas une année blogueste du tout. Les choses sont ainsi. Pourtant j’ai envie de revenir ici car le sujet me tient à cœur et me passionne même !
Tant de fois j’ai écrit en pensée ce billet, par bribes, avec sa structure, sans jamais prendre le temps d’attraper stylo ou téléphone pour y faire jaillir concrètement ces mots. Enfin je passe à l’action !

Comme le titre l’indique, il ne s’agit que de mon vécu, et non d’une généralité sur l’allaitement en Corée du Sud, même si j’ai fait quelques recherches sur la situation. Pour avoir lu de nombreux témoignages de mamans étrangères allaitant ici, j’enfonce une porte ouverte en affirmant que chaque histoire est singulière : entre celles qui subissent des réflexions déplacées, celles à qui on n’a jamais fait aucune remarque, la palette des nuances est infinie.
Sur cette précision, je vous livre ma propre expérience !

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Le démarrage à la maternité

Pendant ma grossesse, j’avais décidé d’allaiter sans savoir combien de temps, et sans me renseigner énormément, mais une chose était sûre : je voulais à tout prix allaiter les premiers mois. C’est vraiment quelque chose qui me tenait à cœur et je ne saurais dire d’où cette envie me vient : ma mère fait partie de la génération où l’on sevrait généralement au bout de trois mois, et même si deux proches de ma famille ont allaité sur différentes périodes plus ou moins longues (s’étalant entre 4 et 16 mois), nous n’avons pas échangé sur le sujet, et je n’ai pas eu l’occasion de les voir donner la tétée. Bref, je n’avais pas vraiment de modèle, juste quelques articles et vidéos qui ont fait écho à mon instinct !

Dans le projet de naissance à remplir de la maternité, j’avais coché le « kangaroo care », soit le peau à peau à la naissance du bébé, et je m’imaginais que s’ensuivrait naturellement la tétée d’accueil, moments qui semblaient importants pour la bonne mise en place de la lactation. La réalité a été bien différente !
On a posé ma fille sur moi mais sans faire de réel peau à peau, et on l’a installée plus tard quelques secondes à côté de mon sein, qu’elle n’a pas pris, avant de l’emmener pour des soins non urgents et de la mettre en nursery, lieu où elle restera tout le séjour à la maternité. Avant que l’on me monte dans ma chambre, l’on m’indique sur un papier les moments où je peux voir ma fille pour l’allaiter, en indiquant que sa première tétée sera le lendemain matin, soit 24h plus tard ! Je ne m’attendais pas à tout ceci, même si je savais qu’il était fort probable qu’elle reste en nursery comme la majorité des bébés dans les hôpitaux coréens. C’était tout l’inverse de ce que j’avais pu lire ou voir sur la mise en place de la lactation, et pourtant je n’ai rien dit et j’ai suivi leur protocole, un peu perdue et surtout fatiguée de la nuit blanche et intense que je venais de passer.

J’ai donc pu voir et mettre au sein ma fille 24h après sa naissance ! En y repensant, cela me paraît aberrant. Pourtant j’ai très bien vécu cette séparation pendant le séjour : j’étais en confiance, sereine et j’ai apprécié pouvoir me reposer et me remettre de l’épisiotomie et de la péridurale (mon corps était très douloureux à ce moment-là). C’est lorsque j’ai commencé à créer le lien avec ma fille, plus fort chaque jour, que je me suis dit « plus jamais cette expérience d’éloignement inutile si nous avons un deuxième enfant » (et je m’en suis tenue à cette promesse, mais c’est une autre histoire !).
Mais pour en revenir à l’allaitement et ses débuts : dans la salle de lactation, la mise au sein n’est pas toujours évidente, et le personnel présent aide, mais vraiment peu. On m’a même fait la remarque que mes tétons étaient trop plats et l’on m’a donné des bouts de seins en silicone… Je sais que ma fille a déjà eu des biberons, mais je fais de mon mieux pendant ce séjour d’à peine deux jours pour l’allaiter (uniquement lorsque l’on m’appelle dans ma chambre, pendant la journée), en plus de lui donner une ou deux fois un biberon.

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Le retour à la maison

De retour à la maison, la mise au sein est toujours loin d’être aussi évidente, tant pour trouver la bonne position (avec de simples coussins), que pour satisfaire ma fille : mon mari et moi avons un souvenir assez fort de la première nuit, où elle a beaucoup pleuré et où il semblait difficile de satisfaire sa faim. Je ne m’en souviens pas mais j’aurais refusé de lui donner un biberon à ce moment-là (la maternité nous avait donné une boîte de lait en poudre, donc nous étions équipés malgré nous). Le lendemain matin, l’aide à domicile arrive et propose de donner un biberon, chose que j’ai acceptée à contrecœur, j’en ai même pleuré. Par la suite, elle m’accompagne pour la mise au sein, comment retirer ma fille lorsqu’elle prenait mal, comment l’y remettre, et dans les jours qui ont suivi, j’ai persévéré (et ma fille aussi !) : seulement un biberon de lait de préparation pour nourrisson le premier week-end (toujours mal vécu), et c’est tout.
Nous nous sommes également procuré un coussin d’allaitement, très différent de ce que l’on trouve en France mais la norme ici : rigide, avec une ceinture que l’on clipse autour de la taille. Même si c’était mieux que des coussins standards, j’en garde un très mauvais souvenir niveau confort ! Paradoxalement je ne sais pas si j’aurais pu faire sans, ou différemment, car je n’arrivais pas à allaiter allongée, et je n’ai jamais pensé à la position semi allongée que l’on peut observer dans ce que l’on appelle l’allaitement instinctif. Ma fille était surtout en position dite de rugby pour bien observer sa prise le premier mois.
Les choses se sont donc mises en place doucement, et j’ai mis du temps à me poser moins de questions, à consulter moins de sites et de forums, et à abandonner le coussin d’allaitement !

Je n’ai jamais fait appel à une conseillère en lactation car tout se passait bien malgré cette mise au sein difficile les premiers temps, parce que l’aide à domicile était très présente pour m’accompagner les trois premières semaines, et aussi et surtout parce que je n’ai jamais eu mal ! Je me sens vraiment chanceuse de ce côté là.
Le seul souci que j’ai eu est la mastite : j’en ai eu deux au cours des deux premiers mois, la faute au tire-lait. Je peux dire que c’est vraiment douloureux. Quelques engorgements aussi, jamais agréables à vivre !

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Le contexte coréen

Comme on peut le deviner à travers ce que je relate, la Corée n’a pas l’air d’être un pays encourageant les mères à allaiter (nombreuses sont les maternités comme la nôtre qui offrent couverture, couches, et… du lait en poudre !). Et les chiffres sont là pour l’appuyer : à l’âge de 1 mois, 36.6% des bébé sont exclusivement allaités, à 3 mois 30.5% et à 6 mois, seulement 2.3%. De ce que j’ai pu entendre et constater, l’allaitement mixte est rapidement mis en place pour ensuite faire place uniquement aux préparations pour nourrissons.
Avec la baisse de la natalité qui ne fait qu’empirer, le gouvernement met pourtant en place des structures pour allaiter un peu partout : on trouve très facilement des salles d’allaitement dans les stations de métros récentes, les centres commerciaux, les aires d’autoroutes, la bibliothèque. Ce sont des espaces confortables avec une table à langer et, selon leur taille, parfois même un micro-onde et un lit pour enfant ! Peut-être que cela montre aussi une certaine gêne d’allaiter en public. Personnellement j’apprécie énormément ces lieux dédiés aux familles, où l’on peut être au calme pour s’occuper de son enfant. Sinon, je me souviens avoir vu une fois seulement une mère coréenne allaiter son nouveau-né au restaurant avec une petite couverture spéciale pour le couvrir.

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Mon aventure lactée en Corée

À ce jour, ma fille de presque 3 ans est encore allaitée, même si je sens que l’on approche la fin. Je ne suis pas gênée d’allaiter dans les lieux publics, mais je n’en suis pas moins pudique : j’ai toujours adapté mes vêtements pour ne pas avoir à découvrir une partie de ma poitrine. J’écris au passé car cela fait un moment que je n’allaite plus en dehors de la maison (sauf pour mon fils maintenant). Cela a été un choix de ma part autour des 18 mois (je crois ?), car je préférais le faire tranquillement à la maison et je savais que ma fille pouvait patienter. J’ai donc allaité partout pendant plus d’un an : au parc, dans le train, dans l’avion, au restaurant, et où sais-je encore ! Je l’ai toujours fait de manière discrète sans chercher à me cacher non plus, car allaiter, que cela soit ici ou là, est quelque chose que je trouve de normal et naturel.
J’ai eu la chance de n’avoir jamais eu de remarque quelconque et je n’ai d’ailleurs jamais prêté attention aux regards extérieurs (sauf peut-être au début, encore nouvelle dans mon rôle de mère allaitante). J’ai même été étonnée que mon allaitement soit vu avec bienveillance lorsque nous étions chez des oncles et tantes de mon mari et que je me suis isolée pour allaiter notre enfant d’alors 16 mois (? Je m’embrouille dans les dates mais elle avait plus d’un an). Je m’attendais à des remarques étonnées voire pire, et ça a été tout le contraire !

Quant à la sphère médicale, à part les tout premiers mois où la pédiatre me demandait si je l’allaitais (sans même jamais me demander si cela se passait bien), personne ne s’est intéressé de près à la manière de la nourrir, sauf il y a quelques mois où l’on m’a conseillé d’arrêter, arguant que c’était mauvais pour les dents (je précise que ma fille n’a jamais eu de problème). Pour avoir lu et échangé avec d’autres mamans ici, je sais que les pédiatres (et autres personnels médicaux) sont peu voire pas formés sur l’allaitement, un peu comme en France (même si cela a tendance à évoluer !) et qu’il est difficile de trouver quelqu’un de bienveillant. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais mis en avant mon allaitement, car j’estime qu’il ne regarde que nous deux et je préfère me protéger du jugement des autres. Si j’y suis confrontée alors je laisse simplement parler !

Je ne sais pas quand tout ceci s’arrêtera, et cela va clairement plus loin que ce que j’aurais pu imaginer ! Avec ma deuxième grossesse j’ai connu des périodes très ambivalentes concernant l’allaitement (car j’ai continué à allaiter enceinte), et même après. J’ai tenté le coallaitement et j’avoue que je n’en suis pas très fan. Maintenant c’est très rare d’avoir les deux au sein et je préfère comme ça. Je réfléchis aussi au sevrage, même si j’idéalise un arrêt spontané et naturel.
L’allaitement de mon fils est très différent et m’a fait réaliser à quelle point j’ai construit mon attachement et ma relation avec ma fille par ce biais (je l’ai d’ailleurs très longtemps endormie au sein). J’y repense avec douceur, sans oublier les moments difficiles, et j’attends tranquillement la fin, qui comme dit plus haut semble proche (encore quelques semaines ou mois ?). Je me sens prête et ne regrette rien, et je suis curieuse des émotions qui vont naître à ce moment-là.

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Et vous ? Quelle est votre expérience d’allaitement ?

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