Vivre son post-partum en Corée du Sud

Après vous avoir raconté ma grossesse et mon accouchement en Corée, voici la suite logique : le post-partum ! On en parle de plus en plus en France, que cela soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou autres supports, et pour cause : peu de personnes connaissent vraiment le quatrième trimestre, et la transmission pour accompagner la jeune mère et sa famille s’est malheureusement perdue. En Corée, je pense que c’est un non-sujet, car cette période est connue et accompagnée, pas seulement par des individus, mais par la société qui a mis en place tout un système d’aide.

Contrairement au billet sur ma grossesse, je vais essayer de vous donner une vision plus globale tout en vous relatant mon expérience. Là aussi, longueur de lecture assurée !

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il me semble important de préciser que le congé paternité est de 10 jours en Corée et le congé maternité de 90 jours. J’ai personnellement fait le choix d’arrêter de travailler pour m’occuper de notre enfant un an environ (période qui s’est en réalité rallongée avec le corona).

k

Le séjour à la maternité

Il dure environ trois jours et le type de chambres varie d’un hôpital à l’autre. Dans notre cas, le père peut rester dormir s’il s’agit d’une chambre individuelle (ce que nous avons choisi, mais pas de lit pour lui, il a dormi en sac de couchage par terre).

La principale différence pour moi (et qui semble être la norme dans de nombreuses maternités coréennes), c’est que le bébé reste tout le temps en nursery pour permettre à la mère de se reposer. Il y a une salle d’allaitement où l’on nous appelle pour allaiter le bébé si besoin, mais ne nous voilons pas la face, le bébé reçoit du lait infantile en complément, notamment la nuit. Je m’étais déjà renseignée et je savais que cela arriverait sûrement, même si je n’avais aucune idée de comment j’allais vivre la chose.
Heureusement sur le moment j’étais sereine, même si je sais aujourd’hui ne pas vouloir du tout revivre ça ! Plus j’en apprends sur le monde de la naissance, et plus je trouve cela aberrant de séparer l’enfant de ses parents à sa venue au monde. J’ai accouché le matin et nous n’avons pu voir notre fille derrière une vitre que 24h plus tard, en plus de commencer à l’allaiter à ce moment-là en salle d’allaitement (où les pères ne sont pas acceptés). Tout ceci dans un contexte sans coronavirus, en 2019…
Alors bien sûr, si j’avais dû avoir mon bébé seule dans ma chambre et presque sans aide avec moi, cela aurait été difficile, je le sais. Car une chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout, c’est la douleur post-accouchement : j’avais très mal dans le bas du dos, au périnée, me lever ou me tourner dans le lit était une horreur. Cela a mis du temps à s’estomper progressivement.
En tout cas j’ai appliqué les conseils de mon gynécologue : marcher. J’ai donc arpenter les couloirs avec mon mari pendant deux jours, en plus de faire des bains de siège régulièrement, un soin très pratiqué ici avec l’ajout de plantes en poudre, et que j’ai continué à faire pendant environ un mois, trois fois par jour (quand je le pouvais).

Pendant et un peu après la fin du séjour en maternité, on a contrôlé ma masse osseuse et le bassin, si l’utérus revenait à sa taille initiale, la cicatrice de l’épisiotomie, et j’ai continué à prendre les compléments alimentaires que je prenais pendant la grossesse. L’on m’a également prescrit de la vitamine D (à notre fille aussi). Aujourd’hui encore je prends un complément de vitamine D et de calcium que mon gynécologue me prescrit tous les trois mois (je pense que c’est lié à l’allaitement mais pas que, j’avoue ne pas trop savoir en fait !). Bref, un peu comme pour la grossesse, suivi médical très efficace je trouve !

À la sortie de la maternité, plusieurs options s’offrent à la nouvelle famille : rentrer à la maison et se faire aider par sa belle-famille, une tradition beaucoup moins présente que par le passé, aller dans un centre de soins postnataux, ou rentrer chez soi et faire appel à une aide à domicile postnatale. C’est cette dernière option que nous avons choisie, mais je vais d’abord vous parler un peu des centres postnataux.

j

Le centre de soins postnataux

C’est ma traduction du terme de Sanhu joriwon – 산후조리원. Ce sont des établissements privés qui existent parfois dans le même bâtiment que la maternité. Plutôt que de vous les décrire, voici une vidéo très parlante !

La mère reçoit des messages, fait des bains de sièges, peut s’inscrire à des activités concernant les soins du bébé, et se repose bien sûr. Ce système est apparu à la fin des années 90 et est très populaire ici. Malgré son coût (à Séoul entre 2000 et 3000 euros pour deux semaines, voire plus cher selon les établissements), de nombreuses mères décident d’y séjourner pour quinze jours en général.

Je ne me voyais pas loin de chez moi si longtemps, entourée d’inconnus, avec une langue que je maîtrise certes pour le quotidien, mais avec laquelle je suis aussi inconfortable dans maintes situations. Et je me suis également dit que je préférais avoir un baby blues en terrain connu que dans une structure comme celle-ci (bon j’ai eu la chance de ne pas avoir de baby blues, mais je me suis vraiment dit ça !).

Il existe plusieurs témoignages en anglais sur Youtube et d’autres en français, notamment sur ce blog (que j’ai déjà cité dans un autre billet d’ailleurs, une vraie mine d’or je trouve !), ou encore ici.

k

L’aide postnatale à domicile

C’est la manière dont on pourrait traduire Sanhu dowumi – 산후 도우미, même si en Occident on y ferait sûrement référence comme une doula postnatale. Il s’agit d’une autre option très commune en Corée, moins coûteuse que les centres postnataux décrits plus haut et dont voici le concept : la personne vient tous les jours (sauf le week-end), de 9h à 18h pour s’occuper des repas, aider avec le bébé, faire une peu de ménage, s’occuper de la mère avec des massages ou autres soins. Là encore, le but est que la mère se repose les premières semaines suivant son accouchement. Il existe des agences spécialisées pour recruter ces aides à domicile, et l’on peut les sélectionner en fonction de ce qui nous intéresse (une personne qui s’y connaît en allaitement par exemple).

C’est cette option que nous avons choisie, avec beaucoup d’hésitations de ma part : et si la personne ne convient pas ? Est-il utile qu’elle reste si longtemps à la maison ? Combien de semaines doit-elle rester, une, deux ou plus ?

Après quelques renseignements via un groupe Facebook, j’ai mis peu à peu mes doutes de côté (si vraiment cela se passe mal, il est toujours possible de faire appel à une autre personne, et la majorité des témoignages que j’ai lus étaient très positifs) et, étant seuls dans cette nouvelle aventure, nous avons finalement opté pour une aide postnatale de trois semaines.

Même si j’ai trouvé la troisième semaine un peu longue, je ne regrette absolument pas cette expérience. Mon mari ayant pris son congé paternité pendant la même période (sur 10 jours donc), nous avons pu prendre nos marques chez nous en toute confiance : donner le bain, interpréter les pleurs du bébé, et surtout, surtout une aide immense pour l’allaitement ! Elle a été à mes côtés à chaque fois pour vérifier la position et aider ma fille à mieux prendre le sein (elle ne prenait souvent que le bout du téton dans la bouche), en plus de me masser la poitrine pour désengorger. Et bien sûr, trois semaines sans se soucier une seule fois des repas.
Bref, une aide immense, qui explique l’absence de baby blues selon moi.

k

La chaleur, une valeur essentielle

En dehors de ces systèmes d’accompagnement, la culture coréenne imprègne fortement la période du post-partum que je résumerais grossièrement en un concept : la chaleur ! Ce n’est pas propre à la Corée et cette notion est liée à la médecine traditionnelle (tant coréenne que chinoise d’ailleurs) : le sang est un élément chaud, et la mère perdant du sang lors de l’accouchement et par la suite avec les lochies, il est indispensable de la préserver du froid.
Cela veut dire pas de boissons ni de plats froids, pas de courant d’air, mettre des chaussettes (je me souviens encore du premier jour où l’aide postnatale est arrivée chez nous et qui, me voyant pieds nus, m’a directement indiqué qu’il fallait porter des chaussettes, même pour dormir), ou encore des bains de pieds et de mains (qui sont également bons pour la circulation sanguine et la rétention d’eau).
Bref, une panoplie de règles auxquelles je me suis pliée sans trop de difficultés, même si j’y ai parfois dérogé (quelques boissons froides dans la chaleur des mois de mai et juin…).


En Corée, l’aliment qui accompagne chaque repas de la jeune mère est l’algue appelée miyok, ou wakamé en France (je vous laisse le lien wikipédia pour en découvrir plus), cuisinée sous forme de soupe (chaude bien entendu !). Riche en calcium, en fer, en minéraux etc. – la liste de ses vertus est longue ! – je ne me suis pas lassée de ce plat, que j’adorais déjà avant, pendant les trois premières semaines de mon post-partum.

J’avoue que mes recherches et mon intérêt pour le post-partum en Corée étaient très maigres et que c’est avec l’aide postnatale que je découvert tout ceci (mon mari ne connaissais rien non plus, et a écouté et suivi les conseils, en me donnant des bains de pieds et mains en l’absence de l’aide à domicile le week-end, m’apportant du lait de soja et une banane pendant que j’allaitais et plein d’autres attentions).
Toutes ces règles étaient par moments frustrantes et pas toujours évidentes à suivre (les sensations de chaleur n’étaient pas toujours agréables et j’avais parfois des envies de frais !), mais cela reste une expérience très positive et reposante. Pendant ce premier mois je suis d’ailleurs très peu sortie (chez le pédiatre ou à l’ambassade pour déclarer la naissance de notre fille, peut-être une fois à la supérette, c’est tout je crois), et nous n’avons eu presque pas de visite (il est coutume d’attendre 50 jours avant d’en recevoir).

Au bout des trois semaines j’étais donc prête à me retrouver seule avec notre bébé, une nouvelle étape dans notre cheminement de la parentalité.

j

Et le bébé ?

Justement, qu’en est-il du bébé pendant cette période ? J’ai pu remarqué quelques différences dès la maternité :

  • Le bébé est emmailloté et ne porte pas de bonnet (il peut être coutume d’emmailloter le bébé le premier mois, je ne sais pas si cela est très courant, nous l’avons un peu fait au début avec l’aide à domicile).
  • On ne pèse pas le bébé à la sortie de la maternité : une semaine après l’accouchement environ, nous sommes allés voir le pédiatre et notre fille pesait 100g de moins qu’à sa naissance, et l’on nous a dit que c’était tout à fait normal.
  • Cela dépend des maternités, mais je n’ai absolument rien, vraiment rien, dû apporter pour notre fille. À la sortie elle était habillée dans un petit body blanc, emmaillotée dans un lange puis dans une couverture, le tout fourni par l’établissement.
  • La tradition coréenne veut que le bébé reste à la maison les 100 premiers jours. Mon gynécologue a juste assuré que le plus important était aussi le bien-être de la maman et qu’aucun autre pays ne faisait comme cela, donc si j’avais besoin de sortir avec notre enfant, il n’y avait pas de problème. Avec la chaleur estivale approchant, j’ai surtout fait quelques sorties avec mon mari au parc en fin de journée, et j’ai mis du temps à sortir seule avec notre enfant, préférant me reposer quand elle dormait et n’étant pas encore à l’aise avec l’allaitement et mon nouveau rôle de maman. Bref, nous sommes allés à notre rythme. J’ai déjà entendu des témoignages de jeunes mamans en Corée avec leur nourrisson à l’extérieur qui se faisaient sommer par des femmes plus âgées de rester à la maison à cause de cette tradition des 100 jours. Cela ne m’est personnellement jamais arrivé et je pense que les jeunes couples respectent de moins en moins cette coutume de toute manière.

Quand on parle de post-partum, on parle souvent d’un mois ou de 40 jours. Après il y a le ressenti des mères, et là les réponses sont très différentes. J’ai personnellement eu l’impression d’être en post-partum pendant 12 mois !

Si vous avez lu jusqu’ici, un grand merci ! Je pense continuer cette série en vous parlant d’allaitement la prochaine fois, qu’en dites-vous ?

k

Et vous ? Comment avez-vous vécu votre post-partum ?

.

2 commentaires sur “Vivre son post-partum en Corée du Sud

  1. Concernant les 100 jours a la maison dans les premiers jours de vie de bébé, au Japon il est recommandé de ne pas sortir pendant un mois.

    Ma mère était venue pour mon accouchement, après ma semaine a la maternité, il lui restait encore une semaine a la maison avec nous et j’avoue que je me demande comment j’aurai fait sans elle car elle m’a appris beaucoup de choses. Je voulais tout gérer, la maison, le bébé, les repas etc Malgré la fatigue qui un jour m’a fait craquer et finalement j’ai compris qu’il fallait passer le relai, elle m’a beaucoup aide et je pense que sans sa présence j’aurai surement déprimée. Quand elle est rentrée le premier jour avait vraiment été difficile.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ces informations ton témoignage Eva ! Le premier jour seule avec son bébé n’est jamais facile, je m’en souviens très bien aussi. Heureusement que ta mère a pu être là pour t’épauler et que tu as pu passer le relai !

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s