Mon intégration en Corée du Sud

Ce billet participe au RDV #HistoiresExpatriées organisé par le blog L’occhio di Lucie, dont le thème, Mon intégration dans mon pays d’accueil, a été proposé par la marraine du mois de décembre, Eva du blog frenchynippon.

histoire expat

Un sujet que je ne trouve pas évident d’aborder, tant il peut être différent selon ce que l’on implique dans le terme d’intégration. Mais une subjectivité qui fait toute la richesse de ce thème, et qui me pousse à participer avec joie et pour la deuxième fois au chouette rendez-vous mensuel d’Histoires Expatriées.

Intégration donc… Qu’est-ce que l’on entend par là ? Travailler dans le pays d’accueil ? Parler bien la langue ? Comprendre la culture ? Avoir beaucoup d’amis natifs ?
Honnêtement je ne sais pas. Et je vais me contenter de ce que cela représente pour moi depuis que j’ai posé mes valises et mon cœur en Corée du Sud, en 2014.

Quand je me dis que cela fait presque cinq ans déjà, j’imagine la réaction de personnes vivant en France : tu dois sûrement être bilingue, connaître plein de gens, locaux ou de la communauté étrangère, et travailler bien sûr.
Bref, tu as su reproduire ta vie française ici.
Pour moi, rien n’est plus faux que ces images (que je comprends néanmoins très bien).

Avant d’ajouter des nuances, ratures et autres gribouillis au tableau (attention ce billet est long), évoquer la raison de ma venue ici me semble utile, car je crois que le contexte peut beaucoup jouer sur l’intégration d’une personne.

Après mes études, j’ai décidé de rejoindre mon petit-ami coréen (aujourd’hui époux), rencontré lors d’un échange universitaire en Chine.
Grâce à lui, je connaissais déjà un peu la Corée (je m’y suis rendue une fois pendant les vacances), et grâce à mon expérience chinoise, je connaissais un peu l’Asie. Ce dernier point a beaucoup joué dans mon état d’esprit d’arrivée : ne pas comprendre les panneaux, les personnes autour de soi, être observée, se sentir complétement étrangère (intérieurement et extérieurement), dans un paysage très urbain et une population dense, tout ceci étaient des sensations familières quand j’ai débarqué à Suwon (banlieue de Séoul).

La différence était que mon mari a accompagné beaucoup de démarches et facilite encore aujourd’hui beaucoup de procédés (achats sur internet, appeler le plombier, payer les impôts en ligne par exemple). C’est une situation apaisante mais à double tranchant, car elle peut limiter l’autonomie parfois. Pour moi, c’est un formidable soutien.

Regardons maintenant le tableau de plus près : la langue, le cercle social, le travail.

 

La langue

Dès que je suis arrivée, je me suis inscrite dans un institut de coréen sur un campus universitaire (어학당) en cours intensif, soit 4h par jour. Une première étape qui me tenait à cœur pour pouvoir vivre sur place le plus facilement possible et comprendre mieux la culture de mon conjoint.
Le coréen s’est avéré une langue assez difficile (plus que le chinois !) mais je me suis accrochée pendant un an environ, jusqu’à une petite overdose avec le rythme et le stress de l’examen de fin de semestre.

En tout cas les résultats se sont faits sentir petit à petit pour le quotidien, même si les Coréens vous parlent assez souvent anglais (peu importe que vous leur parliez dans leur langue), surtout les jeunes. Les personnes plus âgées, elles, font facilement la conversation en coréen, très curieuses et chaleureuses en général. La confiance, elle, met plus de temps à venir, du fait des degrés de politesse très variés qu’il existe dans la langue coréenne. Etant déjà de nature timide, cela m’a un peu bloquée, d’autant plus que l’on n’appelle rarement les personnes par leur prénom ou le « vous » de politesse, mais par leur statut (professeur, patron, « grande sœur » pour une amie plus âgée etc.).

Aujourd’hui cela va beaucoup mieux, et même si j’ai des phases où je continue d’étudier le coréen par moi-même, mon niveau est à peu près le même : bon pour me débrouiller au quotidien ou voyager, faire la conversation, prendre un rendez-vous par téléphone, insuffisant pour comprendre des sujets d’actualité plus complexes ou débattre en profondeur.
Et je dois dire que je m’en contente très bien. Pour moi, ma plus grande fierté est d’avoir fait de cette la langue le moyen de communication principal avec mon conjoint, ce qui a demandé autant d’efforts de sa part que de la mienne. Je souligne que ce n’est pas parce que je vis avec un Coréen que je fais énormément de progrès : il s’adapte à mon niveau, m’aide à enrichir mon vocabulaire parfois, mais c’est tout !

Je sais que je ne serai jamais bilingue, peu importe le nombre d’années que je reste ici, à moins d’étudier beaucoup plus sérieusement et régulièrement, et encore… C’est une langue si différente !

 

Le cercle social

La première année, j’ai rencontré beaucoup de personnes et j’ai fondé quelques amitiés qui durent encore aujourd’hui, notamment avec des étrangers via les cours de langue. Quelques connaissances coréennes également, via des rencontres franco-coréennes organisées avec les réseaux sociaux ou des échanges linguistiques.

Et puis les gens rentrent dans leur pays, certains contacts s’effritent, d’autres non. A ce jour j’ai peu de connaissances, tant étrangères que natives, autour de moi en Corée. J’avoue ne plus avoir la motivation de participer à des rencontres ou soirées organisées dans le but de socialiser davantage. Les quelques bonnes amitiés nées de ce séjour se sont d’ailleurs crées dans des contextes plus spontanés.

Je trouve que créer une relation amicale avec un Coréen ou une Coréenne est bien sûr possible, mais difficile (j’en avais parlé un peu dans ce billet), et j’avoue ne pas avoir de véritable ami natif. Pourtant je ne me sens pas du tout seule, et continue de m’épanouir, c’est l’essentiel !

 

Le travail

Comme la langue, pouvoir travailler était une étape importante, qui n’a rien à voir avec le fait de vivre en Corée, mais celui de ne pas dépendre de mon conjoint. Avant de venir, je me suis inscrite au DAEFLE, une formation à distance avec à la clé un examen et une certification pour enseigner le français langue étrangère. Je me suis dit que c’était la meilleure carte pour trouver facilement quelque chose d’intéressant.

S’en est donc suivi un an environ d’étude, en parallèle des cours de coréen. Une période intensive et riche, une année pleine de bons souvenirs malgré l’angoisse de l’après.

Se faire une place dans le FLE ne s’est pas avérée si évidente. Après des tâtonnements en cours particuliers, une mauvaise expérience dans un institut, j’ai trouvé ma place dans un autre. A noter que le système d’institut est très répandu en Corée, endroit où l’on s’y rend pour prendre des cours particuliers individuels ou en groupe dans toutes sortes de matières.
Là j’ai eu exactement ce que je cherchais : une structure de confiance, des collègues (presque tous français) avec un bon esprit d’équipe, un emploi du temps très varié selon les périodes. Malgré des doutes qui ont longtemps plané sur mon avenir professionnel en Corée, j’ai fini par profiter de l’instant présent et d’embrasser pleinement cette expérience que je considérais plutôt sur du court ou moyen terme au départ.

Me voilà sereine, et riche d’une expérience que je n’aurais jamais pensé avoir (enseigner me faisait assez peur et je ne me voyais pas du tout dans ce domaine avant de venir ici), même si une page va bientôt se tourner l’année prochaine car, attendant un enfant, j’ai décidé d’arrêter un moment pour peut-être rebondir vers d’autres choses par la suite.

 

Alors, intégrée ?

Oui et non !

Oui, parce que je me sens bien dans ma vie actuelle, ma relation générale aux autres, malgré de futurs défis, notamment celui d’interagir avec le « cercle des mamans » dont je ferai bientôt partie.

Non, parce que quoiqu’il en soit je reste et resterai une étrangère aux yeux des Coréens, ce qui influence bien sûr leur attitude par rapport à moi, de manière positive ou parfois distante, voire insolite, selon les situations.

J’ai fait beaucoup d’efforts pour m’adapter à mon arrivée, aujourd’hui je me repose plutôt sur mes acquis, même si je sais que les aventures coréennes sont loin d’être terminées !

 

Et vous ? Comment avez-vous vécu votre intégration ?

 

Personnes participant ce mois-ci :

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9 commentaires sur “Mon intégration en Corée du Sud

  1. J’ai bien aimé ton poste, ma meilleure amie au lycée était coréenne, et il y’a quelques ans j’ai eu deux étudiante coréens, a qui j’enseignais l’anglais. Elles m’ont beaucoup parlé du système, leurs parents aussi. Je trouve que l’intégration c’est une question individuelle. Si on se sent intègre on en est, si non, pas trop. Un peu simplifié, car c’est beaucoup plus compliqué, mais en gris c’est ça.

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  2. Coucou, de retour en France pour quelques semaines je prends enfin le temps de lire tout le monde. Je constate un parcours similaire au mien car je suis venue au Japon pour mon petit-ami qui est devenu mon mari et j’ai aussi fait la formation du DAEFLE.
    Le physique et le regard des autres jouent beaucoup dans les pays asiatiques ce qui fait que malgré le temps sur place et nos efforts d’intégration on sera toujours considéré comme des étrangers. A un moment on peut bien se reposer sur nos acquis 😉
    Merci pour ce témoignage et félicitation pour le bébé !

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    1. Coucou, merci pour ton message 🙂
      J’avais lu ton témoignage, très intéressant, sur ton intégration au Japon, et c’est vrai que nos parcours sont similaires !
      Comme tu le dis le regard joue beaucoup. Pour moi c’était plus difficile à supporter en Chine, où les gens te fixent vraiment et essaient parfois de profiter de ton manque de connaissance de la langue.
      Je suis en France aussi pour les fêtes mais repars bientôt. Profite bien de ton séjour !

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  3. Ton parcours est vraiment très intéressant, je suis impressionnée par ton intégration en Corée du sud, j’aie beaucoup ta façon de présenter le tableau en demie teinte. Mais surtout le fait que tu t’épanouisses.
    J’ai moi aussi suivi la formation du DAEFLE, mais je n’ai pas du tout eu l’occasion de travailler dans ce domaine. J’aimerais beaucoup me lancer maintenant qu j’ai un peu plus de temps mais je ne sais pas du tout comment. Enfin c’est un autre sujet.
    En tous cas clairement, l’adaptation dans ton nouveau pays doit être un sacré challenge ! 🙂

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire 🙂
      Même si je suis à l’aise au quotidien, j’ai l’impression que le challenge ne finira jamais, et tant mieux sans doute !
      Le DAEFLE est une très bonne formation je trouve, mais pas assez reconnue malheureusement (enfin tout dépend du contexte).

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