Lectures 2018 : chapitre 1

Ça y est, déjà le début du milieu de l’année. Déjà presque six mois ponctués de lectures (et de tricot, je m’y suis remise), qui m’ont pour la plupart beaucoup plu, m’ont transportée et m’ont fait réfléchir. Je vous livre, sans jeu de mots et sans plus tarder, un petit (et un peu long) bilan.

 

Ladivine de Marie Ndiaye

C’est le premier ouvrage que je lis de cette autrice. Je l’ai choisi un peu par défaut, car je voulais d’abord découvrir son roman le plus célèbre, Trois Femmes puissantes (qui a remporté le prix Goncourt en 2009). Faute de pouvoir l’emprunter à la médiathèque, j’ai choisi un roman plus récent (2013).

«Le chien tendit vers elle sa grosse tête au poil crasseux. 
Elle retint sa main par crainte de la vermine. 
Elle noya son regard dans le regard calmement éploré, calmement suppliant, et toute l’humanité et l’inconditionnelle bonté de l’animal docile lui remplirent les yeux de larmes, elle désira ardemment être lui et sut alors que le passage viendrait naturellement et à son heure.» 
Ladivine nous entraîne dans le flux d’un récit ample et teinté de fantastique. Comme dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye déploie son écriture fluide et élégante, riche d’une infinité de ressources qui s’offrent au lecteur avec une fascinante simplicité. 
Editions Gallimard

Mon avis est assez mitigé. Au début, j’ai beaucoup apprécié la plume de Marie Ndiaye, au style travaillé et subtil. Et puis cela m’a un peu lassée, sans doute parce qu’on nous emmène au plus profond des personnages, avec sans cesse des disgréssions sur ce qu’ils pensent, ce qu’ils auraient fait. J’ai trouvé la psychologie très fine et réussie, mais cela prend trop de place.
De plus, l’histoire prend une tournure inattendue, sans répondre à mes questionnements : pendant tout le livre, j’attends un moment qui n’arrive jamais, et donc je suis déçue !
Même si j’ai été quelque peu refroidie, j’ai envie de découvrir d’autres de ses ouvrages.

 

Les Justes d’Albert Camus

C’est le billet de Moonriver qui m’a donné envie de découvrir cette pièce de théâtre de Camus, dont je connais peu l’oeuvre (à part L’Etranger dont on parle souvent au lycée).

«En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci ne veut pas dire, on le verra d’ailleurs, que Les Justes soient une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J’ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai… La haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles comme une intolérable souffrance est devenue un système confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu’elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre – et pour dire ainsi où est notre fidélité.»
Albert Camus

Une pièce courte et intense, avec beaucoup de réflexions qui résonnent dans n’importe quel contexte historique : jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause ? Quels sacrifices doit-on assumer pour l’atteindre ? Quelle est la limite à ne pas franchir ? Y a-t-il une limite ? Un ouvrage que l’on peut lire avec une interprétation différente à chaque fois, ce qui en fait toute sa richesse.

 

Chinoises de Xinran

Je m’intéresse à la Chine depuis très longtemps, et elle continue d’alimenter mes lectures sous différentes formes. Ici ce sont des témoignages de femmes qui ont traversé l’ère Mao, ou de générations plus jeunes dans une société en pleine mutation.

De 1989 à 1997, Xinran a présenté chaque nuit à la radio chinoise une émission où elle invitait les femmes à parler d’elles-mêmes. Elle a rencontré des centaines d’entre elles. Avec compassion, elle les a écoutées se raconter. Elles disent leurs souffrances incroyables : mariages forcés, viols, familles décimées, pauvreté ou folie… Mais elles disent aussi comment, en dépit des épreuves, en dépit du chaos politique, elles chérissent et nourrissent ce qui leur reste. 
Editions Picquier

Un ouvrage vraiment émouvant et qui me donne envie de découvrir les autres essais et romans de cette autrice. J’en ai parlé un peu plus en détail sur cnkick.net si la curiosité vous pique.

 

Ma mémoire assassine de Young-ha Kim

On change ici d’univers narratif, et de pays, avec la Corée du Sud. Je découvre peu à peu la littérature coréenne, et c’est à chaque fois une expérience littéraire particulière (dans le bon sens du terme).

Un ex-tueur en série décide de reprendre du service. Seul problème : il a soixante-douze ans et vient d’apprendre qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer.
Sous ses dehors de vieillard inoffensif s’adonnant à ses heures perdues à la poésie et la philosophie, se cache un redoutable meurtrier qui a assassiné sans remords des dizaines de personnes. Aujourd’hui il repart en chasse alors que rôde autour de sa maison un homme qui menace de s’en prendre à sa fille adoptive bien-aimée.
S’engage alors une course contre la montre : tuer avant d’oublier qui il est, avant que la maladie n’ait raison de lui, qu’il ne devienne prisonnier d’un temps sans passé ni futur.
Un étrange roman d’humour noir dont l’héroïne n’est autre que la mémoire qui se dérobe et brouille les pistes, jusqu’à un dénouement proprement stupéfiant.
Editions Picquier

Le personnage se raconte à travers un journal intime, et l’on se retrouve tiraillé par sa complexité : cruel, horrible, et à la fois humain avec ses citations philosophiques, sa maladie. Vivre à travers son récit la progression de l’Alzheimer est perturbant et créé  en même temps l’originalité de l’ouvrage ainsi que tout le suspense de ce court roman.
Une fin surprenante, qui ne donne pas toutes les réponses, et c’est tant mieux.

 

Chanson douce de Leïla Slimani

Goncourt 2016, il y a eu foule d’émissions, d’articles ou de billets à son sujet. Je l’ai personnellement découvert via le podcast La Poudre. Tout le battage médiatique m’a intriguée et j’ai fini par me lancer un peu après la vague. Sans aucun regret !

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. 
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.
Editions Gallimard

Comme la présentation de l’éditeur l’indique, c’est le miroir de notre société qui se profile au fil des pages et des chapitres, avec ses rapports sociaux et ses différences de classes. L’autrice glisse des détails glaçants et troublants, nous enrobant d’une atmosphère particulière, de malaise : on a envie de savoir la suite, même si l’on connaît déjà la fin.
Certes on a reproché le manque de profondeur des personnages (je me souviens du podcast des Bibliomaniacs, très intéressant à ce sujet), et j’entends ces critiques, mais cela ne m’a pas du tout dérangée, j’ai vraiment été happée par le déroulement du drame.

 

La Saison de l’ombre de Léonora Miano

Autrice très prolifique, je n’ai l’ai découverte que récemment (via notamment les podcasts de La Poudre et Dans le genre de), et quelle découverte !

« Si leurs fils ne sont jamais retrouvés, si le ngambi ne révèle pas ce qui leur est arrivé, on ne racontera pas le chagrin de ces mères. La communauté oubliera les dix jeunes initiés, les deux hommes d’âge mûr, évaporés dans l’air au cours du grand incendie. Du feu lui-même, on ne dira plus rien. Qui goûte le souvenir des défaites ? »
Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l’intérieur des terres, dans le clan Mulungo. Les fils aînés ont disparu, leurs mères sont regroupées à l’écart. Quel malheur vient de s’abattre sur le village ? Où sont les garçons ? Au cours d’une quête initiatique et périlleuse, les émissaire du clan, le chef Mukano, et trois mères courageuses, vont comprendre que leurs voisins, les Bwele, les ont capturés et vendus aux étrangers venus du Nord par les eaux.
Dans ce roman puissant, Léonora Miano revient sur la traite négrière pour faire entendre la voix de celles et ceux à qui elle a volé un être cher. L’histoire de l’Afrique sub-saharienne s’y drape dans une prose magnifique et mystérieuse, imprégnée du mysticisme, de croyances, et de « l’obligation d’inventer pour survivre. »

Editions Grasset

J’ai mis un peu de temps avant de rentrer dans l’histoire, et puis, une fois imprégnée de la culture des personnages, de ce qu’ils traversent et découvrent, j’ai été transportée par la force de l’histoire (que l’on pourrait écrire aussi Histoire) et la poésie du texte. Un grand coup de coeur, sur lequel il est difficile de mettre des mots, donc je m’arrête là.

 

The Handmaid’s tale (La Servante écarlate) de Margaret Atwood

Là aussi, beaucoup de battage médiatique depuis que le roman a été adapté en série, et cette dernière saluée par la critique et le public. Et là aussi, j’ai fini par me lancer.

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.
Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.

Editions Robert Laffont

Il m’a fallu un certain moment avant de rentrer dans le récit (le temps de m’adapter à l’anglais), mais passé ce cap, j’ai adoré la justesse, ou plutôt la pertinence du futur imaginé par l’autrice.
Pertinence dans le sens où, malgré l’extrêmisme de Gilead, tout est crédible (voire plausible) et cela nous renvoit à ici et maintenant, au progrès réalisé pour l’égalité entre hommes et femmes, à ceux qu’ils restent à faire, mais aussi aux retours en arrière possibles. Cela m’a aussi évoqué les pays où la place de la femme est encore dépendante et soumise à l’homme, situation aussi galçante que la République de Gilead de Margaret Atwood.
J’ai lu certains avis çà et là de pesonnes qui n’avaient pas apprécié la lenteur du livre, ou encore la passivité de l’héroïne, lui préférant la série. Personnellement, la lenteur ne m’a pas du tout gênée, car je l’ai moi-même accompagnée en lisant vraiment petit bout par petit bout. J’ai aimé vivre la monotonie subie par Defred, me perdre dans ses pensées pour s’évader du vide du présent. Quant à sa passivité, je l’ai trouvée très crédible, reflétant au fond peut-être la réaction de beaucoup d’opprimés.

 

King Kong Théorie de Virginie Despentes

Après avoir lu quelques romans de cette autrice, j’avais hâte de lire cet essai dont on parle si souvent.

J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés.
Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas.
V.D.
En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moi conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.
Editons Le Livre de Poche

L’écriture crue et sans détour de Virginie Despentes est là, les sujets de réflexion sur la femme dans la société sont là, la remise en question de notre système est là. Bref, tous les ingrédients pour s’ouvrir et réfléchir au monde dans lequel nous vivons, féministes ou pas.
J’avoue qu’avec cette lecture, je m’attendais à un choc, tant décrit par certaines personnes, mais celui-ci n’a pas eu lieu, sans doute parce que je suis déjà un peu sensibilisée aux questions sur la prostitution ou la pornographie (notamment via Brigitte Lahaie, non féministe certes, mais dont la position sur ces sujets pourrait être qualifiée de telle selon moi).
Cela n’en demeure pas moins un ouvrage fort intéressant aux sujets qui nous interrogent tous et toutes sur notre monde actuel.

 

Voilà ! En ce moment, petit retour vers les classiques avec Belle du Seigneur d’Albert Cohen. J’ai promis de le rendre à ma soeur en juillet (il me reste environ 500 pages, sur 800), donc je m’active !  J’apprécie, mais j’attends de voir où cela mène encore.

 

Et vous ? Avez-vous lu ces livres ?
Qu’en avez-vous pensé ?

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